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Platon et ses dialogues

Platon et ses dialogues

by Bernard SUZANNE
« La plus sûre description d'ensemble
de la tradition philosophique européenne
est qu'elle consiste en une série d'annotations à Platon
 »
A. N. Whitehead, Process and Reality, 1929

Ci-dessus : portrait de Platon d'après un original sculpté par Silanion vers 370 avant J. C. pour l'Academie d'Athènes, Musée Archéologique, Ile de Thasos ; ci-dessous, fragment d'une mosaïque provenant du couvent de Saint-Grégoire à Rome avec l'inscription en grec « gnôthi sauton », c'est-à-dire « Connais-toi toi-même », Rome, musée national des Thermes.

Platon est probablement l'un des plus grands philosophes de tous les temps, sinon le plus grand. Et pourtant, il était l'un des premiers philosophes, du moins dans la tradition philosophique occidentale qui naquit en Grèce quelques centaines d'années avant J. C., et en tout cas, il est le premier dont les œuvres complètes nous aient été conservées. Mais si nous avons plus que notre compte d'ouvrages attribués à Platon, puisque plusieurs des dialogues et lettres qui nous ont été transmis sous son nom ne sont très probablement pas de lui, nous n'avons en revanche que très peu d'informations sur sa vie et son activité littéraire. De ce fait, plusieurs théories concurrentes ont été proposées par les spécialistes de diverses époques en ce qui concerne l'interprétation des dialogues et leur chronologie dans la mesure où elle est censée influer sur cette interprétation. Ces pages se proposent de présenter une nouvelle théorie sur l'interprétation des dialogues et la « philosophie » de Platon.

Mais elles ne cherchent pas à faire de vous des « spécialistes » de Platon, de sa pensée et de ses « théories », car une des convictions profondes de l'auteur de ces pages est que, si Platon a écrit des dialogues, et non pas des traités de philosophie, et de plus des dialogues dans lesquels il ne se met jamais lui-même en scène, c'est parce que son objectif n'était pas de dire à ses lecteurs ce que lui pensait, quelles étaient les réponses que lui avait données aux questions les plus fondamentales sur ce que veut dire « être un homme », mais de leur apprendre à penser par eux-mêmes afin de trouver leurs propres réponses à ces questions, car il savait qu'en ces matières, pas plus lui que nous n'aurions jamais de réponses définitives « scientifiquement » démontrables, et que chacun devait construire sa vie et la vivre (et cela, personne ne peut le faire pour un autre) sur des hypothèses qui devaient être les plus « raisonnables » possibles, puisque ce qui caractérise l'homme, c'est d'être un animal doué de logos (un mot grec qui veut dire à la fois « parole » et « raison », entre autres sens), mais qui n'en resteraient pas moins jusqu'au bout des hypothèses « indémontrables ». Bref, il voulait simplement aider ses lecteurs à mettre chacun pour soi en pratique l'adage gravé au fronton du temple de Delphes dont son « maître » Socrate avait fait sa devise :

« Connais-toi toi-même »

(en grec : « gnôthi sauton », qui est plus justement traduit par « apprends à te connaître toi-même ») et à devenir ainsi des philosophes, c'est-à-dire, selon Platon du moins, non pas des spécialistes d'une discipline universitaire parmi d'autres vivant plus ou moins bien de l'argent des cours qu'ils donnent, des débats qu'ils ont entre eux et des ouvrages qu'ils publient, mais, au sens étymologique, des « amoureux de la sagesse », amoureux (philoi en grec) seulement et non pas « sages » (sophoi en grec), car ils savent que la sagesse dont ils sont amoureux n'est pas accessible en ce monde (puisque les fondements sur lesquels elle repose ne sont pas démontrables, ce qui veut dire que, comme le répétait Socrate, « je ne sais rien », c'est-à-dire que « je ne sais de manière certaine, au sens le plus fort de ces mots, rien de ce qui seul compte pour parvenir au bonheur dans la vie »), mais constitue un idéal de justice, une justice qui n'est pas simplement le respect des lois, mais l'harmonie intérieure d'un être dont la volonté est tiraillée entre passions et raison et dont l'unité n'est pas donnée d'avance, comme fondement de l'harmonie sociale entre les hommes et les femmes dans la cité.



28/11/2011
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